SWEET MAMA
Les Musiciens
Catherine Girard : chant, kazo, washboard
Philippe Juhel : guitare, harmonica
Stéphane Barral : contrebasse
Jean-Christophe Rouet : violon
Catherine Girard de l’orchestre “Sweet Mama” est une des rares femmes à se servir d’un washboard autrement qu’à la pompe, et ce depuis 1976 I Sweet Mama, on les a rencontrés au festival Jazz en Médoc et c’est... washment bien!
LES MAINS NOIRES
Drôle de parcours que celui du washboard! Voilà un ustensile ménager qui n’aurait pas dû quitter les mains des lavandières noires occupées à nettoyer les habits blancs des non moins blancs et coloniaux gentlemen et ladies de Caroline et de Nouvelle Orléans. Oui mais voilà, pour oublier ces mêmes blancs et les épines des plantes à coton, les hommes de couleur ont su - par quelle magie ? -dévier de son usage originel, de son cours classique, la planche à laver pour en faire une des bases rythmiques des plus étonnantes. Une base rythmique qui sera reprise dans une bonne part de la musique afro-américaine. Remember le film sur les bateaux à aubes descendant le fleuve Mississipi. Les femmes briquent, les hommes créent un instrument de musique et se l’approprient en exclusivité. Même objet, deux destins. Cruauté linguistique, “la” planche à laver devient “le” washboard. Cruauté des moeurs, le washboard sera un instrument de mecs ! Depuis, avouons-le, le washboard n’a pas une très bonne réputation auprès des “batteurs classiques”. Le washboard, ça fait vraiment trop folklore, c’est pas très gratifiant et pas aussi spectaculaire qu’une descente de toms. Allons donc! Vous n’avez qu’à écouter la ravissante Catherine Girard du groupe Sweet Mama pour vous convaincre du contraire. Surtout lorsque qu’elle vous tait la locomotive vapeur lâchée à plein tube. Tchou-tchou ...
B.M.: Dites donc Catherine Girard, c’est quoi un washboard ?
Catherine Girard : Un ensemble plus ou moins hétéroclite de planches à laver, de morceaux de tôle, de boites en fer aplaties, le tout réuni pour sonner autre chose que les mâtines.
B.M.: Ça se chatouille ou ça se gratouille?
C.G.: Les deux. Le plus souvent, le musicien enfile des dés à coudre au bout de chacun de ses dix doigts. Et va que je te frotte, frappe, caresse, câline, tire, balaye. tourne, griffe.. On peut tout taire.
B.M.: Ouelles sont les musiques particulièrement reconnues pour le washboard?
C.G.: Le blues, le New-Orleans, le boogie, le rythm & blues... Mais dans Sweet Marna, on intègre aussi du jazz plus moderne, du funk, du rock.
B.M.: Bien sûr tu es diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de washboard, la seule véritablement reconnue?
C.G.: Evidemment, celle qu’on surnomme l’école “surleta”.
B.M.: Où as tu déniché ton instrument?
CG.: Je l’ai fabriqué sur les conseils d’un ami qui avait voyagé aux Etats-Unis, Jacques Palace. J’ai fait les tôliers, les casses, les rebuts... et il a soudé et emboîté le tout.
B.M.: Composition?
C.G.: Libre.
B.M.: C’est à dire?
C.G.: Une tôle ondulée en aluminium, une planche à laver en zinc, un morceau de marchepied de camion, une série de tiges métalliques fines pour donner l’impression des balais, deux cymbales rivetées, une poêle, et un wood block. C’est fait maison.
B.M.: Un cocktail qui ne change pas?
C.G.: Pour moi non, mais qui s’use quand même. J’ai parfois quelques problèmes pour trouver des pièces de rechange. Par exemple, je ne peux utiliser une tôle ondulée en zinc, c’est trop bruyant. Et l’inox ou l’alu, ce n’est pas évident à trouver.
B.M .: Particularités du jeu?
C.G.: Les mains noires à cause du frottement. Sinon, c’est un jeu de percus qu’on réinvente tous les jours.
B.M.: On à “l’habitude” de voir les musiciens de washboard assis. Toi, tu officies selon une formule originale, puisque tu portes l’enfant sur ton ventre.
C.G.: C’est naturel. Ça permet d’évoluer dans le groupe, de bouger, de marcher, de sauter. Et puis, au sein du groupe Sweet Mama, je chante. Scéniquement, rester assise, c’est catastrophique. De plus, en le portant avec un harnais, l’instrument est directement accessible aux regards. Les gens en sont curieux dès qu’ils te voient débarquer avec l’engin. Ainsi avec le harnais et en jouant sur le ventre, ils ont tout loisir de le voir comme de l’entendre. C’est éminemment visuel autant qu’auditif.
B.M.: C’est parce que tu lavais les fringues des potes durant les mid 70 que tu t’es mis au washboard?
C.G.: Que nenni, mon gars! C’est le hasard total. Durant ces mid 70 je jouais la folkeuse comme tout le monde. Je suis danseuse de formation et après avoir officié durant quelques années, j’ai voulu faire autre chose. Mais tout de même, le washboard, c’est vraiment le hasard, il y avait une demande.
B.M.: Une rencontre avec un musicien américain égaré dans l’hexagone?
C.G.: Du tout. Un ami poitevin. Jacques Palace, qui avait beaucoup beaucoup voyagé est un jour rentre des Etats-Unis avec l’idée de faire de la musique à la mode traditionnelle Nouvelle Orléans. Une des premières choses qu’il a faite après avoir pausé ses guêtres, c’est de se mettre en quête de matériaux susceptibles de sonner. Ainsi il a construit son premier washboard. Le premier Jug Band de Poitiers était créé.
ON SIFFLE TOUS DU JUG
B.M.: Un jug band, qu’est ce que c’est?
C.G.: Un jug, c’est une grosse bouteille ou cruche d’environ quatre litres dans laquelle on souffle en pinçant les lèvres pour suggérer une basse à vent. Après avoir sifflé quelques litres de rhum, tu m’étonnes qu’ils devaient souffler les mecs ! Jug Band, c’est le nom donné à ce type d’orchestre.
B.M.: Alors Poitiers, capitale française du jug band?
C.G.: En quelque sorte ! A la suite de cela, il y a eu dans la région poitevine comme un engouement pour cette musique. En 1976, création de Sweet Mama qui compte quatre musiciens: deux guitaristes, un washboard, une lessiveuse basse. En 1978, trois groupes sévissaient dans la région, un disque les a réunis.
B.M.: Sweet Mama?
C.G.: Une expression du blues. Quelque chose entre “Ma douce” et “maman chérie”.
B.M.: Votre répertoire?
C.G.: En majorité, des reprises de grilles classiques bluesy. Beaucoup de mélanges d’influences. Mais il n’y a rien d’écrit.
Laurent Gérard BATTEUR MAGAZINE OCT 90